Donneesclimatiques.ca au service du bâtiment

L’enjeu du code du bâtiment et les catastrophes naturelles

Il n’y a pas que les citoyens et les agriculteurs qui se préoccupent des changements climatiques. Les professionnels du bâtiment se soucient aussi de la vulnérabilité des infrastructures face au climat.

Tornade à Lachute été 2017. Crédit : La Presse

Selon un rapport [1] de synthèse des connaissances sur les changements climatiques au Québec réalisée par Ouranos, on projette une hausse de la fréquence des précipitations convectives telles que les orages violents. « Ces derniers produiraient des quantités de précipitations de plus en plus grandes. Les processus convectifs sont à l’origine de phénomènes générateurs d’événements extrêmes ayant un fort potentiel de dommages ».

Bien qu’il n’y ait pas de preuve scientifique de causalité entre changements climatiques et l’apparition des tornades, « plusieurs indices laissent présager que leur nombre pourrait augmenter dans les prochaines années. Et les changements climatiques pourraient en être responsables [2] » affirme Alain Bourque, directeur général d’Ouranos, le Consortium de recherche spécialisé sur l’adaptation aux changements climatiques. En effet, les changements climatiques favorisent l’apparition des ingrédients propices à la formation d’une tornade, qu’il s’agisse d’air chaud et humide, d’instabilité ou de cisaillements de vents. Qui plus est, les dommages causés par les tornades ont doublé tous les cinq à sept ans depuis les années 1960, ce qui préoccupe les professionnels du bâtiment et de l’environnement.

Un autre risque naturel important concerne les inondations : selon une étude préparée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les changements climatiques exerceraient une influence visible sur les variables contribuant aux inondations, comme la pluie et la fonte des neiges.

Particulièrement au Québec, « les modèles climatiques s’entendent sur des hausses hivernales et printanières des cumuls de précipitations ». Les épisodes de pluie sur la neige se feraient plus fréquents, ce qui aurait pour conséquence une accumulation d’eau sur des sols encore gelés qui seraient moins capables d’absorber ces nouvelles quantités d’eau.

Un troisième aléa, à l’impact tout aussi grand pour le domaine du bâtiment, est la sécheresse, telle qu’abordée dans la capsule Donneesclimatiques.ca au service de l’agriculture, en effet, « les projections d’anomalies d’humidité du sol montrent qu’au moins 66 % des simulations CMIP [3] disponibles projettent des conditions plus sèches annuellement et encore davantage pour la saison estivale sur l’horizon 2081-2100. » Au niveau des infrastructures, la sécheresse contribue à l’assèchement du sol. Lorsque les sols sont principalement argileux, l’impact sur les fondations des bâtiments peut être important.

Pour que le Code de construction du Québec, constitué du Code national du bâtiment présentement en cours de révision, valorise les normes de carboneutralité et la résilience climatique, il doit non seulement prendre en compte les données climatiques historiques, mais surtout s’appuyer sur des données climatiques qui tiennent compte des futurs états climatiques (projections).

L’importance des projections climatiques pour les professionnels du bâtiment

Le portail Donneesclimatiques.ca présente des projections futures de précipitations et de températures. Ces données sont essentielles, entre autres pour estimer la fréquence et l’intensité des épisodes extrêmes et ainsi aider les planificateurs et tout autre professionnel du bâtiment à mieux concevoir, construire et entretenir un cadre bâti résilient au climat actuel et futur.

À titre d’exemple, prenons le scénario de précipitations importantes (supérieures à 20 mm par jour) pour la région du Québec. Donneesclimatiques.ca nous permet de constater un écart important entre les données historiques de la période 1971-2000 et les données projetées sur des périodes de 30 ans (2001-2030; 2031-2060; … 2071-2100).

Jusqu’en 2001-2030, une faible augmentation de jours très pluvieux (20 mm d’accumulation) est projetée. Or, plus on avance dans le temps, plus les modèles projettent une augmentation : en effet, au cours de la période 2071-2100, le cumul des précipitations augmente de 3.9 à 5 jours, tel qu’illustré à la figure 1.

Figure 1 : Évolution des taux d’augmentation de cumuls de précipitations supérieures à 20 mm de pluie, Québec

 

Avec ces données climatiques, les professionnels – l’architecte, l’ingénieur, l’entrepreneur, le maitre d’œuvre, le constructeur, le bureau d’étude technique, le promoteur immobilier – peuvent analyser les risques et ainsi définir des stratégies d’adaptation pour les nouvelles constructions ou l’amélioration des bâtiments existants :

  • Dans le cas de régions où des pluies abondantes sont prévues, on peut imaginer que le constructeur choisisse des matériaux plus résistants à l’humidité ou encore que le promoteur immobilier élargisse sa recherche de terrain pour inclure des zones aux sols moins argileux.
  • Sur d’autres scénarios climatiques, tels que les chaleurs extrêmes : avec la variable « degrés-jours de climatisation », les professionnels du domaine auront une idée plus claire des besoins futurs en matière de gestion thermique des bâtiments, et pourront agir en amont, que ce soit pour les constructions neuves ou pour les rénovations. Plusieurs stratégies pourraient être mises en œuvre : une meilleure isolation, une meilleure ventilation naturelle et mécanique, un système de géothermie, etc.

 

Un module « Bâtiment » sera bientôt disponible sur Donneesclimatiques.ca , afin d’offrir aux professionnels du bâtiment un accès facile aux données pertinentes qu’ils auront à considérer dans leurs choix de design, d’emplacement, de matériaux, d’opérations, etc.

Grâce aux données et visualisations de Donneesclimatiques.ca, la communauté du bâtiment sera à même d’identifier des pistes de solutions à différentes étapes de l’adaptation aux changements climatiques. Entre autres, les études de cas du module Bâtiment du portail proposent les recommandations suivantes :

  • l’ajustement des critères de conception et de construction à la nouvelle réalité climatique;
  • la révision des codes et les normes afin que les changements climatiques soient considérés dans toute les étapes du cycle de vie d’un bâtiment ou d’une infrastructure;
  • l’adaptation aux normes de bâtiments, voire même le dépassement des attentes minimales, comme le font certaines entreprises de la Colombie-Britannique qui se conforment à la règlementation facultative BC Energy Step;
  • l’utilisation de matériaux adaptés;
  • l’intensification de l’entretien et une gestion des actifs qui tienne compte des changements climatiques.

 

Les bâtiments résidentiels ont un rôle clé à jouer pour dans l’adaptation aux changements climatiques. Dans certaines régions du Québec, les constructeurs sont encouragés à prendre appui sur les conditions climatiques et les caractéristiques du terrain choisi afin de bâtir ou de rénover des logements confortables et économes en énergie.

Source : Construireavecleclimat.org

Cette méthode recèle de nombreux avantages :

  • Les nouvelles constructions et les bâtiments rénovés sont mieux isolés et moins générateurs de gaz à effet de serre
  • La population vit et respire mieux, réduisant ainsi les cas de maladies et décès liés au climat
  • La société dans son ensemble prend part au mouvement global d’adaptation aux changement climatiques et accélère le partage des bonnes pratiques

 

Donneesclimatiques.ca, outil convivial et simple d’utilisation, offre un coup d’œil sur le futur, permettant de générer des projections climatiques jusqu’à l’année 2100. En anticipant plus précisément les impacts futurs des changements climatiques, les professionnels du bâtiment et d’autres secteurs seront à même de prendre les meilleures décisions afin de diminuer les risques pour la population.


[1] https://www.ouranos.ca/wp-content/uploads/SyntheseRapportfinal.pdf
[2] https://www.24heures.ca/2021/06/22/changements-climatiques-le-nombre-de-tornades-pourrait-augmenter-au-quebec
[3] Il s’agit d’un projet du World Climate Research Program nommé Coupled Model Intercomparison Project (CMIP) établi en 1995. Ce projet permet, entre autres, de fournir un grand ensemble de simulations climatiques à la communauté scientifique.

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